Cette conférence entend examiner la manière dont Emine Sevgi Özdamar, autrice germano-turque d’expression allemande née en 1946, célèbre dans ses écrits une forme d’appartenance qui, affranchie des catégories nationales et linguistiques, repose sur une parenté ‘choisie’ avec des livres et des écrivain·e·s, des œuvres et des artistes. L’univers littéraire d’Özdamar se constitue en effet d’une constellation transnationale et transhistorique
de penseurs·euse·s, poètes, dramaturges, peintres et cinéastes qui forment une famille spirituelle – une « Internationale […] des ‘poètes’ (au sens large) dissidents, anarchistes, révolutionnaires et persécutés. » (C. Meyer). Ces figures tutélaires (Lapchine/Iehl) ne fonctionnent pas comme un panthéon hiérarchisé de modèles, mais comme un réseau polyphonique de relations dialogiques où les voix des narratrices d’Özdamar entrent en résonance, se déplacent et se recomposent, et se positionnent ainsi dans un espace marqué par les migrations livresques (bibliomigrancy, B. Venkat Mani) : ce ne sont pas des territoires que ses doubles fictionnels habitent, mais des oeuvres, des écrivain·e·s et des artistes qui forment une patrie mentale et une famille poétique. Cette généalogie choisie d’écrivain·e·s et d’artistes constitue le lieu où se fonde son auctorialité et où une identité se crée, au-delà des appartenances nationales.


